Fiorangelo Buonnanno - Le mythe de la ville des migrants dans la littérature italienne de la migration

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  • Sujet : Conférence
  • Date de parution : 10/03/2016
  • Durée : 21 min
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Résumé de la vidéo

Dans le cadre de cette intervention, Fiorangelo Buonanno analyse les mécanismes utilisés dans le roman La mia casa è dove sono d’Igiaba Scego et dans Pantanella de Moshen Melliti pour mythifier la ville de Rome. Cette mythisation, conséquence de la comparaison entre la ville d'origine des migrants et celle d'arrivée, est fondée sur trois pôles d'attraction : la mythisation de la communauté d'origine, considérée comme un paradis perdu ; la mythisation en termes dystopiques de la riche, mais froide ville d'arrivée ; la recherche d'une communauté alternative, où les différences linguistiques constitueraient la base d'une nouvelle humanité, fondée sur des valeurs plus authentiques, et décrite comme un univers fait d’individus hybrides. Dans ce type de construction mythique, que l'on peut définir comme "ville de migrants", les caractéristiques hétérotopiques de certains milieux urbains spécifiques sont chargées d'un caractère idéologique qui en rend paradigmatique l'existence. Ces hétérotopies, chargées de valeur éthique, sont représentées comme de véritables "utopies migrantes", et elles sont normalement décrites selon le renversement du topos du mythe de Babel, avec des connotations résolument politiques : l'histoire des personnes modestes prend les caractères d'une narration cachée qui doit être récupérée, fragment par fragment, à travers les récits oraux des héros. C’est pour cette raison que les auteurs ont fréquemment recours à des techniques visant à imiter la narration orale et qui seront analysées à travers les règles de la littérature orale décrite dans l’ouvrage de W. Ong.  Nous nous proposons d’analyser "le mythe de la ville des migrants" des travaux de Northrop Frye, selon lequel le mythe ne serait rien de plus qu'un "récit à caractère idéologique", et de Raoul Girardet, qui met l'accent sur le lien entre l’imaginaire politique et certains mythes qui opèrent de façon latente dans les idéologies. Mais nous utiliserons surtout la définition de mythe de Roland Barthes qui, afin de démystifier des mythes sociaux déterminés, leur appliquait une stricte analyse sémiotique, parvenant à la conclusion que le mythe peut être considéré comme un véritable système de communication. La portée sotériologique du mythe de la "ville de migrants" sera alors évidente, avec toutes ses contradictions ; la société proposée comme un modèle de salut et de renouvellement culturel reflète pleinement l’auto-concept de ceux qui la proposent, et la ville multiculturelle n'est qu’une projection urbanistique d'eux-mêmes, de leur façon d'être. La conséquence la plus paradoxale est que les écrivains migrants qui proposent ce mythe idéalisent leur propre origine exotique comme un facteur de renouvellement, en réalisant une action idéologique à l’évidente saveur narcissique.

Présentation de l'intervenant


Fiorangelo Buonanno, né à Benevento, en Italie, en 1982, est diplômé de l’Université de Naples Federico II en Lettres Classiques. Il est doctorant à l’Université de Nantes, avec une thèse portant sur la littérature italienne de la migration, intitulée "Mythologie migrante : le milieu urbain dans la littérature italienne de la migration", et coordonnée par Walter Zidaric, Professeur en Littérature et Civilisation italiennes, directeur du Département d'italien à l'Université de Nantes et membre du laboratoire L’Amo.

Présentation du colloque "Mythologies urbaines et migrations"


La ville génère un ensemble de mythes artistiques et littéraires issus de son histoire et de son quotidien, de légendes et de récits oraux mêlant réalité et fiction. Création propre à l’homme, la ville se présente comme une construction réelle et imaginaire, à travers laquelle une communauté recherche sa cohésion et ses possibilités créatrices (correspondances, récits de vie, poésie, théâtre, cinéma…). Organisé par le Centre de Recherche sur les Identités Nationales et l’Interculturalité (CRINI), le colloque sur "Mythologies urbaines et migrations" s’inscrit dans le cadre d’une réflexion sur les migrations portant à la fois sur l’interculturalité - en s’attachant  à la rencontre et à la reconnaissance de cultures plurielles-, et sur la transculturalité - en privilégiant l’échange et la création entre ces cultures-, dans une dynamique créatrice cherchant à dépasser les barrières culturelles, tout en questionnant l’histoire des représentations urbaines.

Ce colloque s'inscrit dans la continuité de journées d’étude préparatoires dans le cadre des partenariats locaux et internationaux du CRINI :



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Colloque Mythologies urbaines et migrations

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